L’enka 演歌

L’enka est un genre musical populaire majeur au Japon. Apparu au milieu du 20ème siècle en héritant de la musique traditionnelle japonaise et en y intégrant des orchestrations à l’occidentale, l’enka est le genre musical le plus apprécié entre la fin de la seconde guerre mondiale et les années 1980.

Jiyu Minken Undo, les dissidents politiques chanteurs
Jiyu Minken Undo, les dissidents politiques chanteurs

Le terme enka désignait à l’origine des textes politiques mis en chanson par les militants du Jiyu Minken Undo, un mouvement politique de la fin du 19ème siècle qui réclamait au gouvernement impérial de Meiji un système démocratique, des droits civiques, et une renégociation des traités inégaux signés avec les pays occidentaux. La mise en chanson de ces textes politiques permettait de contourner l’interdiction de prononcer des discours dissidents en public.

Dans les années 1920 à 1940, le rôkyoku (aussi appelé Naniwa bushi), une complainte chantée accompagnée au shamisen très populaire au début du siècle, se mue progressivement en ce qu’on appellera plus tard l’enka, avec l’ajout d’instruments occidentaux, d’orchestrations plus complexes, et l’influence des musiques occidentales modernes.

 

L’enka est typiquement une balade sentimentale aux mélodies mélancoliques, et dont le thème évoque des sentiments de tristesse, de solitude et de regrets : chagrins d’amour, perte d’un être cher, envie de revoir son village natal. L’ambiance nostalgique du enka est amplifiée par l’utilisation du mélisme, ou kobushi en Japonais, qui consiste à chanter plusieurs notes sur une seule syllabe, à la manière des chants japonais traditionnels (Kawachi ondo, Min yô), des chants grégoriens, ou encore de la musique andalouse. On peut presque parler de Fado à la japonaise.

De plus, comme la musique traditionnelle japonaise, l’enka utilise une gamme pentatonique mineure, c’est-à-dire comportant cinq hauteurs de son différentes. La gamme utilisée est appelée « Yonanuki Tan-Onkai » (ヨナ抜き短音階) et est dérivée de la gamme pentatonique « Ryo onkai » (呂音階 ) utilisée dans la musique bouddhiste de style shômyô (声明).

Yonanuki, littérallement "retirer le yo (fa) et le na (si)" représentés en rouge.
Yonanuki, littérallement « retirer le yo (fa) et le na (si) » représentés en rouge.

Un des premiers morceaux écrits en utilisant la gamme Yonanuki Tan-onkai est le célèbre Kôjô no Tsuki (La lune sur le château en ruine) de Rentarô Taki, écrit à la fin du 19ème siècle bien avant la naissance du enka.

 

Si les mélodies et les orchestrations sont occidentales, l’enka est indéniablement l’héritier direct de la musique japonaise. Les légendes du enka Haruo Minami et Hideo Murata étaient les élèves du grand chanteur de rôkyoku Kumoemon Tochuken, ils ont marqué l’enka de leur style empreint de sonorités traditionnelles. Par ailleurs Masao Koga, un compositeur de enka majeur ayant plus de 5000 chansons à son actif et ayant écrit pour la légende Hibari Misora, venait lui aussi du rôkyoku. Le port du kimono par les chanteurs et l’utilisation de certains instruments traditionnels tels que le shamisen, le shakuhachi, le koto et le taiko permettent également d’affirmer le caractère japonais de ce genre musical.

L’enka est donc un exemple de plus de la capacité qu’ont les Japonais à intégrer des apports de culture étrangère dans leur culture traditionnelle pour créer quelque chose de nouveau, d’original, et de finalement complètement japonais.

 

 

L’âge d’or du enka

Hibari Misora
Hibari Misora

On distingue deux périodes. Des années 1940 jusqu’à la fin des années 1960, l’enka classique est teinté de jazz, de tango, puis de rockabilly, avec des artistes tels que Hachiro Kasuga, Hibari Misora, Michiya Mihashi, Haruo Minami et Hideo Murata. La chanteuse Hibari Misora est considérée comme l’icône du enka : elle a vendu près de 70 millions d’albums, enregistré plus de 1200 chansons et tourné dans 160 films entre 1945 et 1971.

 

Haruo Oka

Kokkyô no haru – 1939

 

Nakuna kobato yo – 1947

 

Kyû Sakamoto

Ue wo muite arukô – 1961

 

Yukio Hashi

Itakogasa – 1960

 

Sachiko Kobayashi

Usotsuki kamome – 1964

 

 Hibari Misora

Kurumaya san – 1961

 

Yawara – 1964

 

Hachiro Kasuga

Akai ranpu no ressha – 1952

 

Otomi san – 1954

 

Wakare no ipponsugi – 1955

 

Michiya Mihashi

Takeda bushi – 1961

 

Puis à partir des années 1970 les chanteurs Keiko Fuji, Fuyumi Sakamoto, Ayako Fuji, ou encore Kiyohiko Ozaki modernisent le genre : les orchestrations sont retravaillées avec une influence blues et soul, des percussions plus présentes, des ensembles de cuivre tonitruants, de l’orgue Hammond et des solos de guitare blues. Certains chanteurs classiques s’adaptent et opèrent le changement. Hibari Misora revient ainsi dans les années 1980 avec des titres plus modernes comme « Midaregami ».

 Keiko Fuji

Keiko no yume wa yoru hiraku – 1970

 

Shinjuku no onna – 1969

 

Hashigo zake – 1976

 

Kiite kudasai watashi no jinsei – 1976

 

Hibari Misora

Kawa no nagare no yôni – 1989

 

Kiyohiko Ozaki

Mata au hi made – 1971

 

Sa reprise du thème de l’amour du film « Le parrain » – 1972

 

Sayuri Ishikawa

Tsugaru kaikyo fuyugeshiki – 1977

 

Jun Mayuzumi

Yuzuki – 1969

 

 Harumi Miyako

Kita no yado kara – 1975

 

 Hiroshi Itsuki

Yozora – 1979

 

 Takashi Hosokawa

Kokoro no kori – 1975

 

 Sanae Jônouchi

Ajisai bashi – 1986

 

Yujiro Ishihara

Kita no tabibito – 1987

 

A partir des années 1990 l’enka subit une perte de popularité, notamment à cause de la disparition d’icônes telles que Hachiro Kasuga décédé en 1991 et Hibari Misora disparue en 1989. Il est également peu à peu éclipsé par de l’ascension de la J-pop, plus occidentale, plus diverses dans ses thèmes et dans ses rythmes, et plus appréciée des jeunes générations.

Mais l’enka ne disparait pas pour autant. Parallèlement à ce déclin, un nouvel enka, plus joyeux, apparait avec des artistes comme Yoshimi Tendo, Toshimi Tagawa, et Fuyumi Sakamo. Depuis les années 2000, l’enka reste un genre musical discret mais apprécié d’un public d’irréductibles, et il profite même d’un certain regain d’intérêt. Kiyoshi Hikawa, surnommé le « Prince du enka », commence ainsi sa carrière en 2000 à 23 ans avec le single Hakone Hachiri no Hanjirô, puis ses singles Ikken et Hatsukoi Ressha connaissent un grand succès commercial.

Yuko Nakazawa, membre du groupe pop de jeunes idoles Morning Musume, a également chanté plusieurs singles d’enka dont « Urara » en 2008 qui fut un véritable succès.

L’ancienne génération en profite pour revenir sur le devant de la scène. En 2006 Hiroshi Itsuki sort son single Takasebune et en 2008 Junko Akimoto chante Ai no Mama de. En 2010 Saburô Kitajima sort son single Fûfu Isshô à l’age de 73 ans.

 

A l’international l’enka n’a jamais fait beaucoup parler de lui mais quelques apparitions remarquables sont à noter. En 1963 une maison de disque britannique tombe amoureuse de Ue wo muite arukô de Kyû Sakamoto et décide de renommer le morceau en Sukiyaki, estimant le titre original trop compliqué à retenir pour les occidentaux, puis Capitol Records diffuse la chanson en Europe et aux USA où elle sera « Billboard Hot 100 number one single » pendant trois semaines. Un exploit pour une chanson chantée en Japonais qui ne sera jamais renouvelé.

A partir des années 1970, l’aire d’influence culturelle grandissante du Japon en Asie permet au enka de s’exporter, notamment avec la chanteuse taiwanaise Teresa Teng qui reprend des grands succès dans son pays et en Chine, en Mandarin et en Japonais. En Inde, le chanteur Sarbjit Singh Chadha sort un premier album d’enka en 1975 et connaitra un grand succès au Japon. Enfin, au début des années 2000, la chanteuse philippinne Yolanda Tasico sort au Japon ses singles Shiawase ni Naroo et Nagai Aida.

Ouch: Japan Airlines suspend vols entre Narita et Paris

La compagnie aérienne JAL (Japan Airlines) a annoncé la suspension de tous ses vols opérés entre Tokyo Narita et Paris du 12 janvier au 29 février 2016.

JAL a annoncé que les réservations de vols pour Paris au départ de Narita ont chuté de 60% depuis les attaques terroristes du 13 novembre. La réouverture ou non de la ligne sera réexaminée en mars, en fonction de la demande.

Les vols entre Tokyo Haneda et Paris, dont les réservations ont chuté de 40%, sont maintenus jusqu’à nouvel ordre.

Adieu, Hôtel Okura – suite

Bonne nouvelle pour les riches amateurs d’architecture et les riches nostalgiques qui se désolaient de la démolition de l’Hôtel Okura : il est désormais possible d’en rapporter un morceau à la maison.

Les responsables de l’hôtel ont décidé de mettre en vente sur internet une partie du mobilier et des accessoires utilisés dans l’emblématique bâtiment moderniste construit en 1962 et bientôt détruit pour laisser place à un gratte-ciel de 41 étages. Les bénéfices seront reversés à des œuvres caritatives, dont une association qui soutient les enfants des zones touchées par le séisme et le tsunami de 2011.

L'intégralité du mobilier de la Suite Royale sera vendue sur internet. Photo: Hotel Okura Tokyo.
L’intégralité du mobilier de la Suite Royale sera vendue sur internet. Photo: Hotel Okura Tokyo.

Un responsable a déclaré : « Nous avons décidé de vendre le mobilier et les accessoires parce que de nombreux clients ont manifesté leur souhait d’en acquérir ».

Organisée par Yahoo Japan et l’agence de publicité Dentsu, la vente présentera un total de plus de 2300 articles, dont des ensembles de tables et de chaises utilisées dans les suites et le restaurant « Tokarin, » du papier peint, et la moquette utilisés dans l’ancien bâtiment principal. Les prix vont de 15€ à plus de 8000€. 

Le lobby, ses lanternes "Okura" et ses tables fleur de prunier.
Le lobby, ses lanternes « Okura » et ses tables fleur de prunier. Photo: NHK.

On apprend également que les fameuses Lanternes Okura et les tables et chaises en forme de fleur d’abricotier qui trônaient dans le hall principal de l’ancien bâtiment seront réutilisés dans le nouvel Okura.

 

Plus d’infos sur le site officiel.

Innovation : Yamaha Motobot, la moto autonome

Depuis quelques mois, les véhicules autonomes sont au centre de l’attention. Jusqu’à présent on parlait en fait de voitures autonomes. Mais le 28 octobre 2015, Yamaha a présenté Motobot, un robot humanoïde pilote de moto de course.

Ce n’est pas la première fois que le constructeur japonais ose mélanger les genres en confiant un projet commun à ses branches moto, robotique, et musique.

La Yamaha Root
Yamaha Root

En avril dernier, la Yamaha Root, fruit de la collaboration de Yamaha Corporation et Yamaha Motor dans le cadre du « projet AH A MAY », avait été présentée à la Biennale Internationale du Design de Saint-Etienne 2015.

 

Mais n’allons pas trop vite. Pour le moment, Motobot est une version 1.0 de démonstration. Le robot peut conduire à faible vitesse et n’a pas encore un sens de l’équilibre assez développé pour pouvoir prendre des virages sans assistance (des roulettes).

Mais les équipes de Yamaha travaillent sur ce projet-vitrine, avec comme objectif d’en faire un pilote capable de rouler à plus de 200km/h sur circuit, et de défier un jour Valentino Rossi.

Motobot n’est pas uniquement une démonstration technologique du savoir-faire unique de Yamaha. C’est aussi un projet plus global de développement de technologies d’assistance au pilotage et de sécurité qui seront embarquées dans les modèles de moto commercialisés dans le futur.

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