Le film de Yakuza des années 70: Kinji Fukasaku brosse le portrait de la société japonaise

Après une première partie consacrée à la vie et l’œuvre de Rokurô Mochizuki, spécialiste de la violence brute et des scènes de sexe crues, l’heure est venue de s’intéresser à un autre baron du cinéma japonais.

Kinji Fukasaku

Surtout connu en occident pour son violent et provocateur Battle Royale, Kinji Fukasaku est un producteur aux talents multiples. Ses 60 films touchent à presque tous genres, du film historique à la science-fiction, en passant par le thriller, le film noir, et bien entendu le film de yakuza.

Battle Royale
Battle Royale

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, alors qu’il a à peine 10 ans Fukasaku est réquisitionné pour travailler dans une usine de munitions. Il raconte comment, pendant les bombardements, les enfants se cachaient sous les corps inanimés de leurs camarades pour se protéger et survivre. De cette enfance tourmentée par le spectacle de la violence, Fukasaku puise son inspiration pour ses deux thèmes favoris : la guerre, et les yakuza. Il deviendra ainsi un pionnier de l’utilisation de la violence dans le cinéma nippon, avec en toile de fond un questionnement sur l’autorité, le contrôle psychologique, et la liberté de l’individu.

Un logo familier: Toei Cinéma
Un logo familier: Toei Cinéma

Après la guerre, le jeune Fukasaku est déjà passionné de cinéma et s’abreuve de films étrangers, les seuls autorisés pendant l’occupation américaine. Puis il entame des études de cinéma à l’université Nihon Daigaku. En 1953, il décroche un premier poste d’assistant pour Toei, une entreprise de production de films majeure.

Bang! Le poing meurtrier

En 1961, à l’âge de 31 ans il fait ses débuts en tant que réalisateur avec deux court-métrages. Il tourne avec l’artiste martial Sonny Chiba, qui deviendra une star du film d’action asiatique entre 1970 et la fin des années 1990, avec plus de 130 films à son actif dont Gekitotsu Satsujin-ken 激突殺人拳 (The Street Fighter) en 1974, et le film culte hong-kongais The Storm Riders en 1998.

 

Fukasaku réalise son premier long métrage pour Toei en mars 1962. Hokori Takaki Chôsen 誇り高き挑戦 (The proud challenge) n’est pas un film de yakuza à proprement parler. S’il met en scène des truands, ce thriller à l’ambiance noire suit le journaliste Kuroki, interprété par Kôji Tsuruta, enquêtant sur une organisation secrète plus proche du SPECTRE de James Bond que des yakuza du Yamaguchi-gumi.

Alors que la guerre est terminée depuis des années, l’activité qui règne autour d’une usine de munitions intrigue Kuroki, reporter pour le journal Teppô Shinpô. Tout comme les tirs d’essais qui continuent à résonner derrière les clôtures barbelées. Il découvre bientôt qu’une arme appelée Model MS y est produite et passée en contrebande vers l’Asie du Sud-Est. Grace à son amie Hiromi qui travaille à l’usine, il apprend que les contrebandiers utilisent des faux réfugiés politiques qui viennent en fait acheter les armes pour équiper les contre-révolutionnaires de plusieurs pays d’Asie.

Un jour, alors que Kuroki observe l’usine, il voit le patron sortir en compagnie d’un homme qu’il connait déjà bien : Takayama, un ex agent-secret devenu agent des renseignements du Commandement Suprême des Forces Alliées (l’administration d’occupation du Japon présidée par le général MacArthur), qui l’avait agressé et blessé à l’œil quelques années auparavant. Depuis, le journaliste porte des lunettes de soleil en permanence. En réalité, Fukasaku explique qu’il avait eu cette idée parce qu’il pensait que Tsuruta avait l’air trop gentil pour son personnage.

Kuroki menace Takayama d’écrire un article sur son trafic d’armes, mais quelques jours plus tard Hiromi disparait. Inquiet, Kuroki part à sa recherche dans l’hôpital psychiatrique qui sert de QG au gang de Takayama, mais il est attrapé et enfermé. Il y découvre Hiromi, devenue folle sous la torture qu’elle a subie pendant des jours. Kuroki parvient finalement à s’échapper, mais le navire transportant les faux réfugiés et les armes a déjà quitté le Japon.

Quand il apprend que Takayama a informé l’armée révolutionnaire, à qui il tente aussi de vendre des armes, de l’arrivée des contre-révolutionnaires, Kuroki est décidé à faire tomber l’organisation criminelle. Mais Takayama disparait, et avec lui toutes les traces du trafic d’armes. Kuroki comprend alors que Takayama n’était que l’employé d’une organisation secrète bien plus puissante.

Ce premier film est resté relativement discret, malgré un scénario complexe, un jeu d’acteur qui fera remarquer Kôji Tsuruta, une ambiance pesante, et un visuel dynamique qui restera d’ailleurs la marque de fabrique de Fukasaku.

Le succès arrive peu de temps après, en 1964, avec Jakoman to Tetsu ジャコ萬と鉄 (Jakoman and Tetsu), une adaptation de Nishin Gyojô (鰊漁場), un livre du romancier Tokuzô Kajino qui sera d’ailleurs renommé Jakoman to Tetsu après le succès du film.

En 1946, Kyûbê, patron d’une entreprise de pêche d’un village d’Hokkaido, décide de recruter des pêcheurs pour partir en mer. Il découvre avec stupeur que son vieil ennemi Jakoman a répondu à l’appel. Jakoman est un criminel borgne qui terrorise les habitants du village (un « jako » est un bon-à-rien). Il a un jour abandonné Kyûbê sur l’île de Sakhaline et l’a laissé pour mort. Alors que Jakoman tente de saboter l’expédition de Kyûbê, Tetsu, le fils du pêcheur, décide de contre-attaquer et de mettre hors d’état de nuire le truand et ses sbires.

 

La période yakuza de Fukasaku débute finalement à la fin des années 1960. Les choses sérieuses commencent donc avec Kaisan Shiki 解散式 en 1967, Bakuto Kaisan Shiki 博徒解散式 l’année suivante, et Nihon Bôryuokudan Kumichô 日本暴力団組長 en 1969, tous ayant comme acteur principal Kôji Tsuruta.

kaisanKaisan Shiki (La Cérémonie de Dissolution) est l’histoire d’une guerre de clans au sein de l’organisation mafieuse Sanwa. Après 8 ans de détention, Sawaki, l’ex-chef du clan Otaki sort de prison et retrouve ses collègues reconvertis dans des activités légales. Pendant son absence, l’organisation Sanwa à laquelle appartenait son clan a été dissolue pour échapper au regard de plus en plus pressant de la police et de l’opinion publique. Mais, alors qu’il rend visite à un ancien du clan Otaki, Sawaki est témoin d’un meurtre par balles et découvre que la dissolution n’était qu’une couverture. Les clans Otaki et Sakurada, camouflés en entreprises de construction, tentent d’obtenir les droits pour la construction d’un complexe industriel et pétrolier. Shimamura, le nouveau chef du clan Otaki s’est associé avec Itagaki, un parlementaire corrompu, et tente de doubler Sakurada et d’obtenir les droits pour lui seul. Sakurada est informé des plans de Shimamura. Il retourne Itagaki contre Shimamura et tente de couper toutes relations. Pendant ce temps Shimamura convainc Sei, le fidèle lieutenant de Sawaki, de tuer Kawashima, le chef de l’organisation Sanwa. Mais Sei se fait tuer et Sawaki découvre que Shimamura veut prostituer Sachiko la petite sœur de son lieutenant. Sawaki se trouve ainsi obligé de s’impliquer dans cette guerre de clans.

bakutoBakuto Saisan Shiki (La Cérémonie de Dissolution – Jeu d’Argent) est une sorte d’itération du film précédent : une guerre de clans sur fond de trahison contre un membre resté à l’écart à cause d’une peine de prison. Sawaki devient Kuroki. Le clan Otaki est le clan Iwasaki. Les entreprises de construction sont maintenant des entreprises de transport, et l’ennemi s’appelle désormais Karasawa. Le boss du clan Iwasaki a confié une entreprise légale à Kuroki, mais la police ne le lâche pas et personne n’ose travailler avec lui. Kurasawa décide de lui confier un travail de transport maritime et lui fournit une équipe de dockers qui sont en fait des petits voyous qui vont se mutiner. Kuroki découvre que tout a été organisé sciemment par Karasawa pour saboter son entreprise, et il décide de se venger en le provocant à un duel de jeux d’argent. Kuroki est un yakuza à l’ancienne et un joueur hors pair. Karasawa ne vient pas au rendez-vous, mais il prévient la police et Kuroki est arrêté pour jeu illégal. Pendant sa détention, ses lieutenants et Iwasaki sont assassinés, et le clan est détruit. Kuroki va tenter de prendre sa revanche à sa sortie de prison.

Nihon Bôryokudan Kumichô (Le Boss de la Mafia Japonaise) raconte l’histoire de Tetsuo Tsukamoto, le « daigashi » (celui qui est chargé de gérer les crédits accordés aux perdants d’une salle de jeu) du clan Hamanaka qui sort de prison après 8 ans de détention. Pendant son absence, le clan Awano, originaire de Kôbe, est devenu le plus grand du Japon et étend son influence jusqu’à Tokyo. Yazu, le chef de l’Association du Kantô, et le clan Sakurada de Yokohama décident de se liguer avec le clan Awano pour écraser les Hamanaka. Le boss de ce dernier est assassiné, et Tsukamoto est choisi pour prendre sa suite.

Ces trois classiques posent les bases du cinéma de yakuza. Bien que la violence y soit omniprésente, Fukasaku y décrit l’univers fantasmé d’une mafia japonaise noble et chevaleresque. Le personnage principal joué par Tsuruta est un yakuza old school, attaché à l’honneur et au respect des codes, sorte de samouraï moderne.

A voir et à revoir en famille.

 

Parallèlement, en 1968 aussi, Fukasaku sort un film totalement différent. Kurotokage 黒蜥蝪 (Black Lizard) est un film de détective basé sur l’adaptation théâtrale par Yukio Mishima du roman éponyme d’Edogawa Ranpo. Le héro, Kogoro Akechi, un détective de talent, sorte de Sherlock Holmes japonais, est sur les traces de Mme Midorikawa, une criminelle connue sous le nom du Lézard Noir –et jouée par un acteur travesti, Akihiro Miwa.

Akihiro Miwa
Akihiro Miwa est le Lézard Noir

Kurotokage est un film à voir. Non seulement pour son ambiance décalée à la Kill Bill et son esthétique volontairement kitch jouant sur les stéréotypes du genre. Mais aussi parce qu’il donne les clefs d’aspects importants de la culture populaire japonaise. Edogawa Ranpo (pseudonyme fabriqué à partir du nom d’Egdar Allan Poe) est un auteur majeur de la littérature japonaise du début du 20ème siècle. Ses romans de mystère sont des classiques au Japon, et son héro Kogoro Akechi est un personnage connu de tous les Japonais. Une partie de son œuvre a été traduite en Anglais, mais la majorité reste réservée aux très bons lecteurs de Japonais. Les amateurs du manga Detective Conan auront d’ailleurs remarqué des noms familiers!

En 1970 Fukasaku a acquis une certaine notoriété. Quand Akira Kurosawa décline l’offre de co-produire le film nippo-américain Tora!Tora!Tora!, un drame sur l’attaque de Pearl Harbor, c’est Kinji Fukasaku qui le remplace. Toujours sur le thème de la guerre, en 1972 il sort Gunki Hatameku Moto-ni 軍旗はためく下に (Under the Flag of the Rising Sun).

Street Mobster
Street Mobster

La même année Fukasaku retourne à son genre favori avec Gendai Yakuza Hitokiri Yota 現代やくざ人斬り与太 (Street Mobster). Ici l’acteur principal n’est plus Kôji Tsuruta, mais Bunta Sugawara, non pas par choix de Fukasaku mais parce que Gendai Yakuza est une série de six films commandée par Toei à six réalisateurs différents. C’est l’histoire d’un petit voyou sans foi ni loi du nom d’Okita, membre d’un gang de rue qui terrorise la ville de Kawasaki. Un jour Okita est arrêté et emprisonné pour avoir poignardé un yakuza du clan Takigawa. A sa sortie, il rejoint le clan Yato pour se protéger d’éventuelles représailles. Un accord de trêve est trouvé entre les deux clans, et Okita obtient même le commandement d’un quartier chaud de la ville. Mais il est insatiable et décide d’attaquer quand même le clan Takigawa avec l’aide d’un gang d’Osaka. Son plan échoue et il est alors exclu du clan Yato. Les membres de son gang sont éliminés un par un, et il est maintenant pourchassé par les deux clans.

A ce jour, Street Mobster est encore un des meilleurs films de yakuza. A sa sortie, le film est un tel succès que Toei choisit  Fukasaku pour produire le prochain film culte : Combat Sans Code d’Honneur (Jingi Naki Tatakai 仁義なき戦い). Jingi Naki Tatakai est le premier volet d’une série de cinq films relatant 25 ans de la vie de Shozo Hirono, un Yakuza de l’Hiroshima d’après-guerre joué par Bunta Sugawara, et dépeignant le chaos et la violence extrême des voyous japonais qui écumaient les rues du Japon pendant l’occupation américaine.

codedhonneurLe scénario est adapté du roman du journaliste Kôichi Iiboshi, lui-même écrit à partir des notes prises par un véritable Yakuza du nom de Kôzô Minô. Le résultat : un film violent aux allures de documentaire, où le mythe du mafieux chevaleresque respectant un code d’honneur très strict vole en éclats. On y voit des gangs terroriser la population, voler sur les marchés et assassiner pour des motifs futiles. Fukasaku brosse le portrait de clans où les trahisons et les retournements d’alliances sont plus fréquents que le respect des codes anciens. La tradition et l’honneur ne sont plus que des outils utilisés par les chefs pour faire exécuter des horreurs à leurs subalternes. Hirono commence sa carrière de yakuza avec des idéaux d’honneur et de respect pour la « famille », mais il réalise vite qu’il va devoir les abandonner totalement pour survivre.

La série des Combat Sans Code d’Honneur est aussi l’occasion pour le spectateur de voir un Japon qu’il aurait eu du mal à imaginer : pauvre et ravagé par la guerre, le Japon est une immense zone de non-droit aux rues surpeuplées et régulièrement envahies d’émeutiers. On y voit l’armée américaine d’occupation, au-dessus des lois, brutaliser les plus faibles devant les autorités japonaises impuissantes.

Après ce succès, Fukasaku produira encore Jingi no Hakaba 仁義の墓場 (Graveyard of Honor) et Kenkei tai Soshiki Bôryoku 県警対組織暴力 (Cops vs Thugs) en 1975, Yakuza no Hakaba Kuchinashi no Hana やくざの墓場くちなしの花 (Yakuza Graveyard) en 1976, et Hokuriku Dairi Sensô 北陸代理戦争 (Hokuriku Proxy War) avec Sonny Chiba avant de délaisser le genre yakuza. C’est lui qui avait été choisi en 1989 pour diriger Violent Cop (Sono Otoko Kyôbô ni Tsukiその男、凶暴につき) mais il déclina l’offre, permettant à un Takeshi Kitano de lancer une carrière qui fera l’objet d’un prochain article.

JO de Tokyo 2020 : comment la ville va changer – Partie 2

Pour lire la Partie 1 c’est ici

Carte des infrastructures olympiques de Tokyo 2020 :

La plage de Yumenoshima au début des années 50. Photo: Tokyo Metropolitan Government.
La plage de Yumenoshima au début des années 50. Photo: Tokyo Metropolitan Government.

Plus au nord, en remontant l’embouchure du fleuve Arakawa, se trouve l’île de Yumenoshima (夢の島). « L’île des rêves » (littéralement) est une île artificielle un peu spéciale, construite progressivement entre 1939 et 1967. A l’origine elle avait été créée pour accueillir un nouvel aéroport qui remplacerait celui d’Haneda (situé au sud de la baie). Mais la guerre et le manque de ressources forcent le gouvernement à abandonner le projet. Après la guerre, Yumenoshima devient une plage, très vite populaire auprès des habitants de Tokyo. Un projet de parc d’attraction est même brièvement envisagé. Ce dernier est annulé, mais il laissera son nom à l’île.

Le rêve se réalise en 1957 : empiler des tonnes de déchets dans la mer.
Le rêve se réalise en 1957 : empiler des tonnes de déchets dans la mer. Photo: Tokyo Metropolitan Government.

Dans les années 1950, le progrès économique et la société de consommation naissante posent le problème des déchets. Ironie du sort, c’est l’ « île des rêves » qui est choisie en 1957 pour devenir la principale décharge de la ville de Tokyo. Elle le restera pendant dix ans, au cours desquels sa surface sera multipliée par dix avec l’empilement de montagnes de détritus. En 1961 un feu se déclare au nord de l’île et consume 40% de sa surface. Il fallu deux semaines aux pompiers pour venir à bout de l’incendie.

Un incendie s'est malencontreusement déclaré alors que Tokyo ne savait pas quoi faire de ses déchets. Mince alors!
Un incendie s’est malencontreusement déclaré alors que Tokyo ne savait pas quoi faire de ses déchets. Mince alors!

Malgré les problèmes d’hygiène (des nuées de mouches) et l’énorme incendie, il faut attendre 1967 pour que Yumenoshima cesse d’être une décharge. Une usine de traitement de déchets y est construite, mettant fin aux dépôts sauvages. La municipalité souhaite que les habitants retournent faire des barbecues sur l’île, mais il est difficile de les convaincre d’installer leur serviette sur les œufs de mouches et les peaux de bananes encore fumantes. Il faut donc dépolluer : plus de 10 000 arbres sont plantés en vue de créer une forêt qui recouvrira l’île. Onze ans plus tard, Yumenoshima Koen, un parc de 40 hectares, est ouvert au public. L’île a ensuite vu la construction d’une marina, d’une serre tropicale et de nombreux équipements sportifs. Aujourd’hui le parc est l’un des plus agréables de la ville, et rien de laisse imaginer sur quoi il a été construit.

Aujourd'hui l'ambiance est plus décontractée. Photo: Miss Yumenoshima. Marina
De nos jours l’ambiance est des plus décontractée. Photo: Miss Yumenoshima Marina
Tokyo, Antibes, même combat. Photo: Tokyo Yumenoshima Marina.
Une marina sur une montagne de déchets. Photo: Tokyo Yumenoshima Marina

 

Olymic Aquatic Center
Olymic Aquatic Center

Ainsi, les JO de 2020 sont  l’occasion pour Yumenoshima de terminer sa métamorphose. La ville investit 20 millions d’euros pour développer les terrains encore libres autour du parc. Le gymnase Yumenoshima Youth Plaza Arena y sera construit pour les épreuves de badminton et de basket. Les épreuves d’équitation et de tir à l’arc auront lieu dans le parc lui-même avec des aménagements provisoires, et les épreuves de natation prendront place dans les bassins flambant neufs de l’Olympic Aquatic Center.

Yumenoshima
Yumenoshima Youth Plaza Arena – Badminton et Basket Ball

 

Transports

La recette pour un réseau de transports urbains parfait est assez simple. Pour l’efficacité : des trains de banlieue ponctuels, propres et sûrs, directement connectés à un réseau de métros dense et bien cadencé. Pour le style : des monorails aériens qui slaloment entre les gratte-ciel et traversent des ponts suspendus. Pour l’environnement : des routes peu embouteillées surtout utilisées par les taxis parce qu’il est interdit de se rendre au travail en voiture et qu’il est impossible de se garer en ville (pas de stationnement dans la rue). Tokyo a tout ça! Il ne lui manque que quelques trams et des pistes cyclables pour avoir la mention Félicitations du Jury (c’est moi le jury). Pourtant, loin de se reposer sur ses lauriers, le réseau de transports de Tokyo va également évoluer pour faire face à l’afflux de touristes et en vue des JO.

Un monorail aérien qui a de la classe. Photo: Tokyo Metropolitan Government
Un monorail aérien qui a de la classe. Photo: Tokyo Metropolitan Government

La ligne de monorail aérien Yurikamome qui contourne la baie par le sud, au départ de Shinbashi/Shiodome, pourrait être prolongée pour atteindre Kachidoki au lieu de Toyosu actuellement. De là, des bus en lignes propres seraient mis en place pour rejoindre rapidement Ginza et ainsi (presque) compléter la boucle. Le monorail passerait donc par Harumi et le Village Olympique qui sont actuellement dépourvus de transports en commun, et remonterait jusqu’à la station de métro de Kachidoki.

Extension du domaine du transport : la partie en rouge représente la prolongation vers Kachidoki. Photo: BEYOND 2020
Extension du domaine du monorail : la partie en bleu représente le tracé existant (les terminus sont: Shinbashi à gauche, et Toyosu à droite), et la partie en rouge représente la prolongation vers Kachidoki. Image: BEYOND 2020

Construit en 1995, le monorail Yurikamome reliait à l’origine Shinbashi à Ariake. En 2006 il fut prolongé jusqu’à Toyosu, son terminus actuel, et quatre stations furent créées. Le projet d’extension jusqu’à Kachidoki est en gestation depuis 2006, mais les JO pourraient bien déclencher sa réalisation, nécessaire pour désenclaver Harumi.

 

Autre projet ancien qui sort de son sommeil grâce aux JO : le boulevard périphérique Kanjô 2-Gôsen, qui doit relier le quartier central de Kanda à l’île d’Ariake, en contournant le Palais Impérial puis en passant par le nord de la baie (notamment par Shiodome et Harumi). Imaginée en 1946, cette route de 14km devait relier les arrondissements de Koto, Chuo, Minato, et Chiyoda et connecter plusieurs des routes les plus importantes de la ville, dont les avenues Shinjuku-dori et Roppongi-dori, la route Daiichi Keihin, et l’autoroute Wangan. Sur la carte ci-dessous, la portion en violet représente la route existante numéro 405, plus connue sous le nom de « Sotobori Dori ». La portion en rouge et vert représente le reste du projet qui attend sa réalisation depuis plus de 60 ans.

La portion en rouge
Le quartier de Yotsuya, proche duquel se trouvera notamment le stade principal (athlétisme, football), sera relié directement aux infrastructures de la baie et au Village Olympique.

 

L'entrée du tunnel Toranomon ouvert en mars 2014.
L’entrée du tunnel Toranomon ouvert en grande pompe en mars 2014.

Des travaux gigantesques à la chinoise ont été entrepris pour terminer ce projet et construire la portion baptisée « Kan-ni Dori » qui reliera Toranomon à Ariake. Il a fallu notamment construire quatre ponts sur les canaux de la baie, et un tunnel à Toranomon pour relier la nouvelle route Kan-ni Dori à la route Sotobori Dori existante. L’avenue Shintora, entre Toranomon et Shinbashi, a été tracée en rasant sur 1,5km des petits immeubles construits dans les années 50-60. Située dans un quartier vieillot surnommé « Oyaji no machi », c’est à dire « la ville des vieux », elle a pour ambition de devenir les « Champs Elysées du Japon » (selon les mots du gouverneur) où s’aligneront boutiques de luxe et cafés haut de gamme qui attireront une population plus jeune et plus féminine. Un immense complexe commercial du nom de Toranomon Hills, comprenant bureaux, hôtel, restaurants et commerces dans une tour de 250m de haut a ouvert ses portes en juin 2014.

 

A gauche: une vue sur Shiodome et les Champs Elysées depuis Toranomon Hills. A droite: la même vue prise du même endroit quelques années avant. Photo: Mori Biru.
A gauche: une vue sur Shiodome et les « Champs Elysées » depuis Toranomon Hills. A droite: la même vue prise du même endroit quelques années avant. Les immeubles entourés en rouge ont été rasés. Photo: Mori Biru.
L'avenue Shintora en construction, vue de Shiodome. Au fond, Toranomon Hills.
L’avenue Shintora en construction, et le tunnel vus depuis Shiodome. Au fond, la tour Toranomon Hills, massive. Photo: Nikkei BP.
La tour Toranomon Hills en construction. Photo: EsuEsu Tokyo
La tour Toranomon Hills en construction. Photo: EsuEsu Tokyo

La route Kanjô 2-Gôsen continue ensuite vers l’est, traverse le marché au poisson de Tsukiji (bientôt remplacé par un quartier résidentiel haut de gamme) avant d’atteindre la baie au niveau de Kachidoki.

Les infrastructures du pont de Kachidoki en construction sont visibles en bas à droite.
Les infrastructures du pont de Kachidoki en construction sont visibles en bas à droite (photo de 2013).
Le pont de Kachidoki est presque terminé. Photo: Bluestyle.
Sur cette photo plus récente, le pont de Kachidoki est presque terminé. Le toit rouge à gauche est une partie du marché de Tsukiji. Photo: Hozecamp.

Puis la route passe au pied des « twin towers » de Kachidoki, traverse le canal pour rejoindre l’île d’Harumi, et enjambe le canal suivant en passant sur le pont Toyosu Ohashi. Là, elle longe le nouveau marché au poisson de Toyosu et continue jusqu’à son point final, Ariake, où elle rejoint l’autoroute Wangan.

Le pont entre Kachidoki et Harumi est en construction. Photo: Bluestyle.
Le pont entre Kachidoki et Harumi est en construction. Photo: Bluestyle.
Le pont Toyosu Ohashi relie les îles de Toyosu et d'Harumi. Photo: Bluestyle
Le pont Toyosu Ohashi relie les îles de Toyosu et d’Harumi. Photo: Bluestyle

 

Voilà un aperçu de ce qu’un pays qui n’a pas peur de sa dette peut faire en termes d’investissements. Au lieu de couper les dotations de ses communes, le Japon profite de ses 200% de dette publique pour investir massivement (mais c’est un sujet qui mérite un article bien à lui).

Sur les traces de James Bond au Japon

Tout le monde aime reconnaître un lieu familier dans un film. J’ai moi-même beaucoup apprécié de voir des plans de Tokyo, et d’autres lieux du Japon que j’avais visité, dans le film de James Bond « On ne vit que deux fois » (dont le titre japonais est, étrangement, « 007 meurt deux fois »).

You Only Live Twice posterDans ce film sorti en 1967, James Bond, incarné par Sean Connery, est envoyé au Japon où une organisation secrète est soupçonnée par le MI6 de saboter les missions spatiales américaines et soviétiques afin que les deux puissances s’accusent mutuellement et qu’une guerre éclate.

Parti de Hong Kong en sous-marin, James Bond rejoint les côtes rocailleuses et déchirées du Japon à la nage. Quelques secondes plus tard on le retrouve dans le centre de Tokyo, en costume et brushing impeccable. C’est l’occasion de constater qu’en 1966 la capitale japonaise est déjà un festival de néons et de panneaux publicitaires géants.

Asahi Beer
Asahi Beer

Les premiers plans de la ville sont filmés à Ginza, avec des close-ups sur les panneaux publicitaires d’Asahi Beer, Toshiba et National (plus connu chez nous sous le nom de Panasonic), et un plan aérien de l’avenue Harumi en direction de l’est (l’avenue qui mène au marché de poisson de Tsukiji) où on distingue sur la droite l’immeuble Sony Biru qui venait tout juste d’être inauguré.

L'avenue Harumi, avec à droite le Sony Biru
L’avenue Harumi, avec à droite le Sony Biru (l’immeuble blanc)

Les plans suivants se rapprochent du sol, et zooment sur les « clubs de luxe » et le « grand cabaret Mikado ».

Le Mikado
Le Mikado

Puis on voit Bond déambuler dans ce qui semble être la rue Suzuran, une des principales artères de Ginza, où les badauds sont élégants, les voitures étincelantes, et où les jeunes femmes se déplacent en « rintaku », une sorte de pousse-pousse aujourd’hui malheureusement disparue.

La rue Suzuran
La rue Suzuran

Bond est suivi par des jeunes femmes en kimono qui cachent des talkie-walkies dans leur sac à main. Puis il entre dans une ruelle, franchit une petite porte sur laquelle on peut lire « salon de beauté » et « massages », et se retrouve dans le Kokugikan, l’arène de combat de sumo qui se trouve à Ryôgoku, soit à 4km de Ginza. Magie du cinéma.

Sadanoyama rencontre James Bond
Sadanoyama rencontre James Bond

Là il rencontre Sadanoyama Shinmatsu, un célèbre combattant sumo qui fut le 50ème yokozuna.

Akiko Wakabayashi dans le rôle de la James Bond girl Aki
Akiko Wakabayashi dans le rôle de la James Bond girl Aki

Sadanoyama, qui joue son propre rôle, lui remet un ticket pour assister au combat durant lequel il rencontrera son contact des services secrets japonais: la belle Aki, jouée par Akiko Wakabayashi.

Celle-ci a été envoyée pour l’emmener chez Dikko Handerson, un ancien agent secret britannique installé au Japon depuis 28 ans. L’occasion pour le spectateur d’admirer d’autres vues de Tokyo en 1966.

La Toyota 2000GT d'Aki dans la 5ème rue ouest de Ginza
La Toyota 2000GT d’Aki dans la 5ème rue ouest de Ginza

Aki et James quittent Ginza par la Cinquième rue Ouest, une rue commerçante parallèle à la rue Suzuran. Au plan suivant on aperçoit un tramway de feue la ligne Toden Ueno-ekimae dont le service a été arrêté en 1972. A l’âge d’or du réseau de tramway de Tokyo, la Toden opérait 41 lignes sur un total de 213km de voies à travers la ville. Il n’en reste aujourd’hui qu’une en service.

La ligne de tram Uneno-ekimae a été fermée en 1972
La ligne de tram Uneno-ekimae a été fermée en 1972

 

Henderson sert à Bond un martini Vesper à la cuillère, pas au shaker (!), et lui apprend que des engins spatiaux ont décollé du Japon. Mais il est assassiné avant de pouvoir donner plus de détails à propos d’un « conglomérat industriel » qui serait impliqué. Bond rattrape et tue l’assassin, puis il prend sa place dans la voiture du complice qui attendait plus loin. Ensemble, ils rentrent au QG, qui s’avère être le siège de la société Osato Chemical & Engineering. osatoIls ‘agit en réalité du célèbre hôtel de luxe New Otani à Akasaka, facilement identifiable avec son dernier étage en forme de soucoupe qui abrite un restaurant qui tourne. Le New Otani avait ouvert 2 ans plus tôt pour les JO de 1964, et il resta pendant 4 ans le plus haut immeuble de Tokyo avec ses 17 étages.

Osato Chemicals en 1966
Osato Chemical en 1966.
L'hôtel New Otani, 37 ans après
L’hôtel New Otani, pratiquement 50 ans après

Après avoir dérobé des documents, Bond est repéré et pourchassé mais il réussit à s’enfuir grâce à l’intervention d’Aki qui arrive au volant d’une magnifique Toyota 2000GT cabriolet. La 2000GT n’est de rien de moins que la première supercar japonaise jamais produite. Elle n’était d’ailleurs pas encore disponible à la vente au moment du tournage. A bord du bolide, les deux agents traversent un passage à niveau sans barrière (impensable aujourd’hui),  traversent un quartier animé et s’arrêtent finalement dans une rue où le revêtement de la route est couvert de poussière (absolument impensable aujourd’hui).

Toyota 2000GT
La version cabriolet de la Toyota 2000GT, dessinée sur des modèles de Jaguar et de Lotus, a été conçue pour le film mais n’a jamais été commercialisée.

Aki stoppe net la voiture devant un bâtiment et fait mine de s’enfuir pour que Bond la suive et tombe dans le « piège » tendu par Tiger Tanaka, le chef des services secrets japonais. Ils s’engouffrent en réalité dans la station de métro Nakano-Shimbashi sur la ligne Marunouchi, à l’ouest du quartier de Shinjuku. La station, qui parait désaffectée dans le film, avait en fait été ouverte 5 ans avant le tournage.

Course poursuite dans la station de métro
Course poursuite dans la station de métro
Des portiques ont été ajoutés depuis.
Des portiques ont été ajoutés depuis.

Quelques scènes plus tard, Bond rend visite à Osato en se faisant passer pour M. Fischer, un partenaire commercial potentiel. Mais Osato démasque 007 et ordonne à son équipe de le tuer. Commence alors une course poursuite à travers le quartier d’Akasaka, autour de l’hôtel New Otani, où les gratte-ciels n’ont pas encore poussé. Les malfrats d’Osato poursuivent Bond et Aki à bord d’une Toyopet (Toyota) Crown noire de 1962 immatriculée à Shinagawa (mon quartier!).

Drive-by avec style en Toyota Crown 1962
Drive-by avec style en Toyota Crown de 1962
Crown vs. 2000GT dans un Akasaka où les plus hauts immeubles ne font encore qu'une douzaine d'étages.
Crown vs. 2000GT dans un Akasaka où les plus hauts immeubles ne font encore qu’une douzaine d’étages.

Après un rapide passage par une pente qui se trouve à proximité de la Tour de Tokyo, un plan furtif passe devant un « hôtel New Akasaka » qui a, semble-t-il, été rasé avec la quasi-totalité du quartier qui est flambant neuf de nos jours. La poursuite continue dans une rue en travaux, passe derrière le sanctuaire shinto Hikawa-jinja, puis devant le Stade National de Yoyogi qui avait été construit pour les JO de 1964.

Le Stade National de Yoyogi construit pour les JO de 1964.

A la scène suivante la Toyota 2000GT est en dehors de la ville, en pleine campagne, où un hélicoptère viendra aider les deux agents secrets à se débarrasser des malfrats. Cette scène montre la Tour de Tokyo en arrière plan et on constate que la ville de Tokyo, aujourd’hui hérissée de gratte-ciel, est encore bien plate.

tourdetokyo

Tanaka informe Bond qu’Osato possède un navire, le Ning Po, qui est amarré aux docks de Kobe et prêt à appareiller pour Shanghai à 17h. Aki et Bond rejoignent donc Kobe, qui se trouve à 500km de Tokyo, par la route.

Le port de Kobe a été entièrement reconstruit après le terrible séisme de 1995.
Le port de Kobe a été entièrement reconstruit après le terrible séisme de 1995.

Le duo est donc à Kobe, sur le quai 7 des docks où se trouve le Ning Po. Ils y reçoivent un accueil spécial de la part des hommes d’Osato, à coups de chariot élévateur Komatsu FD20 et de barres en métal. Quand Bond et Aki ont monté les escaliers on aperçoit en fond un pont suspendu rouge. Il s’agit du pont Maya Oohashi, du nom d’une des montagnes entourant Kobe, dont la construction venait à peine de se terminer en 1966. Le film a vraisemblablement servi de vitrine du Japon moderne, avec de nombreux plans sur les infrastructures flambant neuves.

Le pont Maya vu de l'ouest
Le pont Maya vu de l’ouest

Vu la proximité et l’angle de vue sur le pont (vu du sud-ouest), il semble que la scène ait été tournée sur l’île artificielle de Onohamachô. Le tremblement de terre de 1995 ayant durement touché la zone portuaire (c’est un euphémisme puisque presque tout a été détruit), il est très difficile de reconnaître les lieux après leur reconstruction.

Bond est finalement capturé et laissé seul, attaché dans un avion en chute libre. 007 s’en sort et rejoint Aki et Tanaka qui l’attendent chez ce dernier. Tanaka apprend à Bond que le Ning Po a été photographié jetant l’ancre au large d’une île (fictive) appelée Matsu et qui se trouve sur la route entre Kobe et Shanghai.

007 décide d’aller survoler l’île avec le petit hélicoptère apporté par Q. Les plans aériens ont été filmés dans la préfecture de Miyazaki, au dessus de la ville d’Ebino et du massif de Kirishima, un magnifique ensemble de plus de 20 cratères de volcans parfaitement coniques culminant à 1700m.

Kirishima
Kirishima

Après un plan où Bond survole des cratères fumants, il se retrouve au dessus de l’océan et du village d’Akime, mais il faut préciser qu’en réalité Ebino se trouve à plus de 60km de la côte la plus proche et à 120km d’Akime.

Bond survole Akime
Bond survole Akime

Le village d’Akime, où se trouve une stèle commémorative du tournage du film, ne semble pas avoir beaucoup changé depuis 1966, à l’inverse de Tokyo. Il est présenté comme un village de pêcheur Ama, ces femmes plongeuses qui pêchent en apnée à la main.

Bond revient bredouille de son exploration. Mais une scène de nuit nous dévoile le lieu où se cachent Osato et sa mafia: le mont Shinmoe-dake, un volcan très actif de 1420m d’altitude que Bond avait survolé.  La base secrète d’Ernst Blofeld, le numéro 1 du Spectre, y est cachée par un faux lac qui est en fait une gigantesque trappe coulissante. Dans la réalité, il y a effectivement un petit lac qui se forme dans le cratère entre les éruptions.

Le mont Shinmoe-dake, où se cachent Osato et
Le mont Shinmoe-dake, où se cachent Osato et Blofeld

La suite se déroule dans la préfecture de Hyôgo: un plan aérien au dessus de la ville d’Himeji nous emmène jusqu’au magnifique château du Héron Blanc.

Bond arrive au château d'Himeji en hélico. Been there, done that.
Bond arrive au château d’Himeji en hélico. Been there, done that.

Cette merveille architecturale abrite l’école de Ninja top-secrète dirigée par Tanaka. En faisant le tour du propriétaire, Bond, Tanaka et Aki passent par l’escalier où se déroule une célèbre scène du film Kagemusha d’Akira Kurosawa dans laquelle un soldat explique son astuce pour pouvoir viser dans la nuit noire.

Aki, Tanaka et Bond
Aki, Tanaka et Bond
Kagemusha d'Akira Kurosawa
Kagemusha d’Akira Kurosawa

Pour la suite de la mission, la couverture de Bond implique qu’il soit maquillé en Japonais et qu’il se marie avec une plongeuse ama du village.

A ce moment James Bond a déjà oublié qu'Aki est morte empoisonnée la veille.
A ce moment James Bond oublie instantanément qu’Aki est morte empoisonnée la veille.

Bond et Kissy Suzuki (interprétée par la belle Mie Hama) se marient donc au sanctuaire Kumano Nachi-taisha, qui se trouve en réalité dans la préfecture de Wakayama sur l’île de Honshû. Le premier plan où l’on voit les escaliers et la cloche est filmé dans le temple bouddhiste Seiganto-ji qui se trouve à l’intérieur même du sanctuaire. Cet ensemble est protégé par l’UNESCO en tant que site sacré et chemin de pèlerinage dans les monts Kii.

Le temple Seiganto
Le temple Seiganto

Kissy apprend qu’une de ses amies ama a été retrouvée morte après être entrée dans la grotte Ryûzaki, qui se trouve sur la côte non loin d’Akime. Bond en conclue que c’est là qu’il faut chercher, et le lendemain le jeune couple s’y rend en bateau. L’occasion d’admirer quelques scènes de pêche en apnée.

Le village d'Akime en 1966
Le village d’Akime en 1966

Le film se termine par l’infiltration par James Bond de la base secrète de Blofeld, aidé par les troupes de Tanaka. Alors que le numéro 1 du Spectre s’échappe, le volcan entre en éruption et la base secrète est entièrement détruite.

Ci-dessous une carte récapitulative des lieux visités par 007 au cours du film :

Innovation : Yamaha Motobot, la moto autonome

Depuis quelques mois, les véhicules autonomes sont au centre de l’attention. Jusqu’à présent on parlait en fait de voitures autonomes. Mais le 28 octobre 2015, Yamaha a présenté Motobot, un robot humanoïde pilote de moto de course.

Ce n’est pas la première fois que le constructeur japonais ose mélanger les genres en confiant un projet commun à ses branches moto, robotique, et musique.

La Yamaha Root
Yamaha Root

En avril dernier, la Yamaha Root, fruit de la collaboration de Yamaha Corporation et Yamaha Motor dans le cadre du « projet AH A MAY », avait été présentée à la Biennale Internationale du Design de Saint-Etienne 2015.

 

Mais n’allons pas trop vite. Pour le moment, Motobot est une version 1.0 de démonstration. Le robot peut conduire à faible vitesse et n’a pas encore un sens de l’équilibre assez développé pour pouvoir prendre des virages sans assistance (des roulettes).

Mais les équipes de Yamaha travaillent sur ce projet-vitrine, avec comme objectif d’en faire un pilote capable de rouler à plus de 200km/h sur circuit, et de défier un jour Valentino Rossi.

Motobot n’est pas uniquement une démonstration technologique du savoir-faire unique de Yamaha. C’est aussi un projet plus global de développement de technologies d’assistance au pilotage et de sécurité qui seront embarquées dans les modèles de moto commercialisés dans le futur.

Innovation : la Honda S660

J’écrivais dans un billet précédent que je redoutais la disparition progressive de l’avant-gardisme japonais. Un certain nombre d’indices laissent en effet penser que l’esprit d’innovation sans limite qui caractérise le Japon est sur le déclin, ou serait plus timide qu’il y a encore 15 ans. Mais l’actualité nous rappelle régulièrement à l’ordre, et c’est pourquoi j’ai décidé de lancer une rubrique « Innovation » qui consistera en de courts articles résumant de quoi ce petit pays est capable.

Honda S660

En avril 2015 Honda a sorti la S660, un petit roadster deux places au design racé et aux airs de voiture de sport qui cache un moteur de 660cc monté à l’arrière. Le 3 cylindres développe 64cv et peut monter à 7000tr/min. Juste de quoi faire crisser les pneus de cette petite bête d’à peine 800kg.

La S660 est une « kei », c’est-à-dire qu’elle tombe dans la catégorie des mini-véhicules de moins de 3,4m de longueur et 660cm3 de cylindrée. Les kei ont notamment l’avantage d’être économiques en assurance et autres taxes à l’achat.

Pour la conception, Honda a laissé les commandes à une jeune recrue de 22 ans. Ryo Mukumoto a rejoint Honda directement après le lycée. Quatre ans plus tard, en 2010, il est choisi comme chef de projet après avoir remporté un concours interne de design. Lui et sa petite équipe de 15 personnes ont conçu la S660 de A à Z en moins de quatre ans. Son idée première était de créer une voiture jolie et sympa à conduire, pour se démarquer des kei qui sont généralement des cubes sans style. Pour justifier l’aspect sport, il explique s’être inspiré des karts de course. Ils sont peu puissants mais très vifs et procurent des sensations de conduite avec leur assise très basse.